Newspapers, Thoughts

#051

DE L’ENTÊTEMENT NUCLÉAIRE.

L’autre jour, je suis allée à un picnic avec des amis et leurs amis. Nous avons décidé de nous poser au jardin/parc (je ne sais toujours pas quel est le qualificatif exact de cet espace) de Vincennes, pour déguster des spécialités cambodgiennes et profiter des rares rayons de soleil perçant à travers les nuages humides. L’un des amis d’amis m’a expliqué qu’il travaillait auparavant dans le secteur du nucléaire et, après quelques discussions, finit par conclure : “De toute manière, le nucléaire reste la solution énergétique la moins chère”.

Pour être franche, je commence à être doucement fatiguée par cet argument. Au départ, je pensais que c’était vrai. Après tout, on a déjà 30 centrales en marche, qui ne demandent qu’à être alimentées en uranium. Elles ne produisent que très peu de CO2 ou autres rejets, tandis qu’elles permettent la production massive à moindre coût d’électricité. Le seul hic dans cette histoire, c’est que ce prix ne prend JAMAIS en compte le coût du démantèlement d’une centrale, du retraitement des déchets ainsi que le possible coût d’une catastrophe. Aujourd’hui, les centrales nucléaires semblent fonctionner dans un monde parallèle, où la question du future est une hérésie. Pourquoi réfléchir à ce qui pourrait arriver (et ce qui arrivera, quand on parle de démantèlement et de retraitement) quand on peut simplement fermer les yeux et continuer à produire comme on l’a toujours fait ? Ce serait vraiment trop idiot !

Quand on voit ce que coûte la catastrophe de Fukushima, il y a de quoi s’interroger. Il faut prendre en compte les dédommagements des individus à titre personnel, les dédommagements professionnels, la prise en charge des personnes évacuées et de leurs soins, le processus de décontamination, le stockage des déchets ramassés, les travaux à la centrale, les dommages économiques et agricoles quasi irréversibles, etc. Et c’est sans parler de la destruction de la confiance et du lien social au sein des populations concernées. En 2014, le gouvernement japonais estimait à près de 35 milliards d’euros les coûts découlant de l’accident de 2011. Et on peut très raisonnablement estimer que les coûts réels dépasseront de loin ces prévisions. C’est une aberration économique, un gouffre financier et un enfer social. Et pourtant, on continue de tourner le regard, en estimant que seuls les coûts réels actuels doivent être pris en compte.

Arrêtons de tenter de trouver des excuses à ce qu’on a construit et commençons à réfléchir aux conséquences… et aux possibles solutions ! Je ne dis pas que la France sortira du nucléaire dans l’année qui vient. Quand on repose à 75% sur l’énergie nucléaire pour fonctionner, ce serait utopique (ou simplement irréaliste) d’imaginer la fin de la filière dans les prochaines années. Cependant, il serait peut-être de bon ton de commencer par arrêter de construire de nouvelles installations (et oui EDF, ça compte aussi pour les horreurs que tu construis à l’étranger !) et de réfléchir à long terme sur ce qu’on pourrait faire pour produire plus durablement et aussi pour consommer moins. En effet, aux personnes qui me disent “mais comment produire autant d’électricité avec du solaire ?”, je réponds souvent “Eh bien on peut aussi considérer consommer moins”, solution généralement repoussée avec dédain. Ah, vous, les écolos ! (Alors que du point de vue d’un “écolo”, je suis certainement l’archétype de la bobo qui consomme sans réfléchir et se dit inquiète pour le sort de la planète – ce en quoi il n’aurait pas si tort que ça, finalement…)

Bref, ce fut mon instant STOP de la semaine. J’en ai assez d’entendre les mêmes réponses remâchées et dénuées de sens. Il est temps d’utiliser les cerveaux surdéveloppés de nos ingénieurs, mais aussi nos propres cerveaux, pour discuter des questions de production, mais également de consommation et de distribution de l’énergie. Peut-être que quelqu’un aurait la réponse sur la place de la République ?

Edit : petit article intéressant sur la filière nucléaire française.

La technologie nucléaire française est-elle remarquable ? Oui. Elle est même exceptionnelle du point de vue comptable. Sa principale caractéristique sociotechnique est de reporter les coûts dans un avenir tellement lointain et incertain qu’ils ne sont pas inscrits dans les comptes ce qui permet, à court terme, de faire de belles promesses, de pratiquer des tarifs compétitifs, d’offrir des conditions de travail confortable au personnel et de verser des gros dividendes à l’État actionnaire. Gare au mistigri !

***

Listening to: 거미 (Gummy) – 태양의 후예 OST Part.4 (KBS2 수목드라마)

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